Je suis né à Portsall.
Autant que je le sache et depuis de nombreuses générations ma famille a toujours vécu de la mer : pêche hauturière, côtière, goémon, commerce, royale…
J’ai aussi longtemps navigué, et je me suis installé depuis quelques années sur une magnifique île encore préservée du Morbihan.
A l’heure où l’on commence à se retourner sur sur sa vie, j’ai souhaité revoir mon village de Portsall , quitté il y a trop d’années après le décès de mes parents.
Ce pèlerinage vers mes origines, je l’ai préparé comme une fête. Ce n’était pas la nostalgie qui me guidait mais juste l’envie de respirer cet air si particulier et de revoir ces endroits
magiques dont la beauté s’est gravée à jamais dans mon esprit.
Pour prendre mon temps et savourer chaque instant, j’avais prévu deux jours qui m’auraient permis, à pieds, de refaire tous les trajets de mon enfance.
Je suis venu en juillet.
Mon rêve s’est brisé sur un cauchemar absolu.
Certes la mer est là, rebelle et fière, changeante et ombrageuse. Les roches, mes roches, résistent au temps. Les grèves, mes grèves, sont toujours aussi sablonneuses et claires.
Mais le reste, car cela n’a plus le moindre nom, le reste : quel gâchis infâme, quelle honte!
Le village de Portsall est devenue une merde urbanistique.
Ce lieu qui fut magique par son harmonie et sa simplicité, son authenticité et sa beauté, s’est transformé en n’importe quoi.
J’y ai vu de tout : des maisons en bois stupides, des maisons sans toit idiotes, avec toits de tôles rouges, avec toits semi-circulaires, des bunkers, une pagode japonaise, des maisons de toutes les couleurs les plus moches et ridicules dont le caca d’oie, des maisons entassées les unes contre les autres, certaines cumulant toutes ces turpitudes, sans oublier des ronds-points aussi nombreux qu’inutiles et vraisemblablement très coûteux…
J’exagère?
Prenez la rue Pen An Douarou en direction de la dune, à mi-chemin regardez sur votre droite : vous allez voir toutes les horreurs de la « création » architecturale entassées sur
quelques mètres carrés…
Rue du Stréjou, entre la bibliothèque et l’église, à l’entrée du chemin du cimetière : vous découvrirez un gigantesque « cube » de bois planté là dans sa magnifique laideur…
Et j’en passe, comme cette maison en bois, c’est à la mode le bois semble-t-il, c’est bon pour la déforestation, cette maison, pas très loin de celle de Paco Rabanne, avec une grosse verrue noire sur pilotis à la hauteur du toit…
Et c’est partout comme ça, pas un seul quartier n’est épargné par cette folie anarchique, pas un!
C’est d’autant plus dommage que l’on assiste malgré tout à quelques tentatives louable d’amoureux de la pierre et de Portsall qui retapent magnifiquement quelques maisons traditionnelles.
Mais que c’est-il donc passé?
Pourquoi cette destruction massive d’un des plus beaux endroits du monde?
N’existe-t-il donc aucune règle qui veillerait, comme partout ailleurs, à conserver l’harmonie de la commune?
ce n’est pourtant pas compliqué et quelques règles simples mais impératives auraient pu éviter ce massacre.
La responsabilité de la mairie est lourdement engagée. Comment Mme Lamour et son prédécesseur ont-ils pu laisser faire ça ? Le désintérêt des terriens pour le littoral ?
Quel aveuglement, quel mépris. C’est incompréhensible. A se demander si ces édiles se sont au moins une fois rendus sur place.
Je suis effondré.
Certes le nombre d’habitants a dû croitre de manière spectaculaire, et c’est tant mieux, car vivre à Portsall devrait faire envie. Mais pas dans ces conditions, pas en sacrifiant par indifférence tout ce qui faisait le charme de ce village.
C’est scandaleux et je suis étonné de l’apparente passivité de tout le monde.
Comment a-t-on pu laisser faire ça?